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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 18:01

IMGP7013L’affaire des jeunes femmes kidnappées et violées de Cleveland aura été un révélateur de nos sociétés modernes : celui de l’indifférence du voisinage. Comment trois jeunes femmes ont pu être maltraitées pendant une dizaine d’années sans que personne dans le quartier n’ait vraiment eu de soupçon ? Pourtant les maisons de ce quartier résidentiel sont à touche-touche et on se demande comment aucun appel à l’aide n’ait pu être entendu, hormis le jour de leur libération ?

Il fut une époque, pas si éloignée d’ailleurs, où les voisins pouvaient faire preuve, pour le coup, d’une curiosité malsaine. Les commérages allaient bon train et la rumeur enflait, souvent sans fondement. On suspectait untel de tromper sa femme parce que du jour au lendemain, sa tenue était plus soignée et qu’il rentrait tard au bercail, un autre avait dû gagner au loto car il avait subitement troqué sa vieille voiture contre une autre, beaucoup plus luxueuse... Toute anomalie dans le train de vie ne pouvait échapper à l’œil parfois inquisiteur des voisins.

Le voisinage était comme un spectacle de foire où chacun pouvait donner libre cours à son imagination parfois débordante. Bref, dans un même quartier, tout le monde savait presque tout sur tout le monde, pas toujours pour le meilleur, trop souvent pour le pire.

Et puis, les mentalités ont évolué. A présent, les gens qui nous entourent ne nous intéressent pas ou peu. Le voyeurisme s’est déplacé du quartier à la téléréalité ou aux magazines people. On préfère traquer les VIP via les médias plutôt qu’observer ses voisins dissimulés derrière les rideaux. On est très loin de « Fenêtre sur cour » d’Alfred Hitchcock et finalement, par certains côtés, c’est plutôt une bonne chose. Cela évite les ragots qui ont par le passé détruit bon nombre de réputations.

En revanche, dans la situation de Cleveland, un peu plus de curiosité aurait peut-être permis de mettre un terme rapide au calvaire des victimes d’Ariel Castro. Mais, en même temps, comment imaginer qu’un tel drame pouvait se dérouler derrière la façade de cette maison ordinaire ? Cette situation demeure exceptionnelle fort heureusement et donc, inutile de se poser la question sur les maisons de nos quartiers ! Elles ne regorgent pas de jeunes filles emprisonnées contre leur gré...

Malgré tout, il est des situations où notre vigilance peut s’avérer bénéfique. Comme pendant la canicule de 2003 où tant de personnes âgées sont mortes, seules, terriblement seules. Ou ce voisin qui dans une telle souffrance morale, a fini par se suicider, sans que personne n’ait soupçonné sa détresse.

Du reste, certains l’ont compris et l’instauration de la fête des voisins est un succès. Par ce biais, on recrée du lien social, lien qui aurait tendance à disparaître.

Ainsi, on voit bien toute la difficulté de ne pas s’immiscer dans l’intimité des voisins par pure curiosité, celle qui n’apporte rien sinon une satisfaction peu glorieuse. Mais il en va autrement de l’attention que l’on peut porter à ceux qui nous entourent et qui pourraient avoir besoin de nous. 

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Published by Ambroisine - dans Société
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