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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 11:26

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capture d'écran BFM 

Depuis mercredi, ont commencé à l’Assemblée Nationale les discussions sur le projet de loi concernant la lutte contre le système prostitutionnel avec, comme mesure phare, la pénalisation des clients. Cette disposition du futur texte a enflammé le débat et chaque camp a présenté ses arguments dont on ne peut ignorer la pertinence.

Parce que la prostitution est un sujet douloureux ; des femmes souvent d’origine étrangère sont sous la coupe de réseaux mafieux, de pauvres filles qui choisissent cette triste activité avec des parcours de drogue, de maltraitance... Et puis, d’autres dont il est difficile d’évaluer le nombre exact, (une petite minorité ?) revendiquent le droit à tarifer une relation sexuelle et elles aussi ont droit à la parole et à notre écoute.

Alors, le débat est difficile car ce n’est pas rien que cette utilisation du corps des femmes (ou des hommes) à des fins sexuelles. Quel parent souhaite cette activité à son enfant, sa chair et son sang, livré à des corps inconnus contre rémunération ? De même, y-a-t-il beaucoup de petites filles qui se disent « j’ai envie d’être prostituée ! » comme elle dirait « je veux être une princesse ! » ?

On entend dire que la société n’a pas à s’immiscer dans les chambres à coucher, chacun peut disposer librement de son corps... A ceux-ci, on peut répondre que la société a le droit et aussi le devoir, de fixer des limites. Ne le fait-elle pas quand elle interdit l’inceste, la polygamie, la GPA (gestation pour autrui) ? Une société peut évoluer, autoriser ce qu’elle avait jusqu’alors défendu ; le Mariage pour tous n’est-il pas le résultat de cette évolution ?  Rappelons que l’homosexualité a été considérée comme un délit jusqu’en 1982 !  

Après, les moyens pour arriver à « l’abolition » de la prostitution, peuvent ne pas être à la hauteur des enjeux. Et c’est peut-être là que le bât blesse le plus !

Parce que pénaliser le client risque de ne pas tarir la demande, mais de changer simplement les comportements. Déjà, (cela commence bien !), les forces de police sont circonspectes quant à l’application éventuelle de la future loi. Mais ce que redoutent les prostituées avant tout, c’est qu’elles risquent de courir un plus grand danger avec des rendez-vous dans des endroits cachés, chez le client... Bref, ce sera la peur au ventre ou le salaire de la peur pour continuer à « travailler ». Avaient-elles besoin de conditions encore plus difficiles ?

Mais, où l’on peut avoir le plus de doutes, ce sont dans les mesures annoncées pour venir en aide à ces filles, pour les sortir de la galère !Certes, il faut reconnaître qu’il y a de bonnes intentions et on peut croire en la sincérité des auteurs du texte et de la Ministre des Droits des Femmes, Najat Vallaud-Belkacem, dont on ne saurait reprocher le profond engagement à cette cause.

Oui, ces mesures partent d’un bon sentiment, mais seront-elles à la hauteur ? Toutes les mesures d’accompagnement contenues dans les articles 3 et 4 (mise en place d’un parcours de sortie, un système de protection et d’assistance, un accompagnement social et professionnel) vont-elles être efficaces ? Parce que l’on sait que l’Etat ne dispose malheureusement pas de gros moyens financiers, lesquels risquent de diminuer encore si la situation économique se dégrade, qu’il n’y a pas ou peu de boulot, que les logements sociaux font défaut...

Même cette mesure de régularisation provisoire de 6 mois pour les prostituées étrangères, ne va-t-elle pas décourager les candidates ? Que va-t-il leur arriver après ces 6 mois ? Un renvoi dans leur pays d’origine ? Retour à la case départ ?

Parce que la plupart des filles prises dans les réseaux mafieux sont des filles vulnérables, détruites par des violences physiques, certaines qu’il faudra sortir de la drogue. Cela demandera du temps pour qu’elles se reconstruisent, qu’elles puissent faire une formation professionnelle (les chômeurs ont déjà du mal a obtenir ces formations !) et des moyens financiers, le nerf de la guerre, dont on peut légitimement se demander s’ils seront bien présents et sur le long terme ?

 

Alors, ce dispositif dont on est en droit d’apprécier la teneur, de le critiquer ou de douter, ne devra pas être au mieux, un coup d’épée dans l’eau et au pire, un coup de poignard dans le dos de toutes ces filles !

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Published by Ambroisine - dans Société
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