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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 18:14
Risque zéro : Folie collective ?

Nos sociétés modernes semblent de plus en plus éprises de RISQUE ZERO, quel que soit le domaine ; terrorisme, délinquance, risques sanitaires, industriels, aéronautiques, environnement... 

Nul secteur de notre société n'échappe à cette règle du risque zéro, malgré les paroles des uns et des autres, politiques, responsables et spécialistes du domaine concerné.

Cette exigence, pour ne pas dire une obsession, serait-elle une folie collective ? La fatalité n'aurait-elle plus sa place ? L'erreur, quelle qu'elle soit, serait-elle devenue si intolérable ? 

Oui, on pourrait bien le penser...

Du coup, notre société serait en demande de plus de sévérité, de plus de sécurité, de toujours plus d'assurance pour que rien ne passe entre les mailles du filet... 

Pour exemble, combien de fois le Premier Ministre et le Ministre de l'Intérieur n'ont-ils pas martelé que le risque zéro n'existe pas en matière de terrorisme ?  L'affirmer est une chose, l'admettre en est une autre. Ce n'est plus dans l'air du temps. Les citoyens sont prêts à réduire considérablement leurs libertés pour éviter un nouveau massacre. C'est ainsi que les Français sont favorables à l'état d'urgence : 77 % des personnes interrogées... Et ne parlons pas de la déchéance de nationalité pour les binationaux qui recueille aussi les faveurs à plus de 80 %....

Et ce n'est peut-être pas fini ! Jusqu'où serons-nous prêts à aller si de nouvelles attaques terroristes se produisent  ? D'aucuns diront que nous pourrions bien nous diriger vers une forme d'autoritarisme de l'Etat pour atteindre cet objectif du Risque Zéro.

En matière de délinquance, nous sommes dans cette même quête d'absolu ! Et c'est la récidive qui revient régulièrement sur le devant de la scène. Il est insupportable pour la majorité qu'un condamné libéré puisse commettre un nouveau délit ou crime ! Même si cette récidive ne concerne pas la majorité des condamnés, elle sera toujours de trop. Et dans cette soif de sécurité totale, il y a de moins en moins de place pour le moindre risque... 

C'est aussi le cas dans le secteur sanitaire... Exit les risques en matière de consommation. Les normes se sont multipliées en même temps que les scandales alimentaires. 

Ce qui vient de se dérouler dans l'essai thérapeuthique de Rennes faisant un mort et 5 blessés sera certainement une nouvelle démonstration de cette recherche de sécurité optimale. Après une enquête qui se voudra rigoureuse, aucun doute pour que les règles en cette matière soient revues, voire durcies. Imaginons même que ces essais pourraient à terme ne plus avoir cours en France... 

Et tout cela se retrouve aussi bien en matière de normes environnementales, en matière de transport aérien, ferroviaire... Et la circulation routière est bien placée pour le savoir : les restrictions de vitesse sont de plus en plus importantes (bientôt on roulera à 30 ou 40 km/h, plus aucune goutte d'alcool avant de prendre le volant..).

Du coup les normes s'empilent et les entreprises crient à l'étouffement... Et on retrouve ici le fameux principe de précaution...

Même la nature ne doit pas échapper au risque zéro. Si elle n'est pas contrôlable, ceux qui la scrutent, la surveillent n'ont pas le droit à l'erreur. C'est ainsi qu'en cas de tempête, d'inondation, de neige...et autres incidents ou accidents climatiques, pas question pour les services concernés de minimiser le risque... Cela ne leur sera pas pardonné. Le risque zéro est là, en embuscade... 

On ne sait s'il faut se réjouir ou se désoler de ce changement dans les comportements, car nous sommes tous ou presque à la recherche d'un risque ZERO. Certes, on va déplorer la masse des interdits et autres limitations que cela entraîne mais dès que l'on est concerné de près ou de loin, c'est une autre question. On se radicalise, on veut plus, toujours plus... 

Comment expliquer cette mutation des mentalités ? Les progrès techniques et technologiques nous ont habitués à plus de sécurité, à prévoir l'imprévisible, à déjouer l'impensable... Le refus de la fatalité est peut-être proportionnel aussi à une baisse du religieux. Avant, c'était une intervention divine qui envoyait des épreuves, il y avait toujours de la résignation...

Oui, les raisons sont multiples mais les conséquences ne sont pas à négliger. Et elles ne le sont pas par les responsables qui sont dans l'instantané et dans l'émotion... 

C'est un fait de société qu'il faut prendre en compte. En revanche, trouver la juste mesure pour ne pas paralyser une société, voilà le vrai défi !

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Published by Ambroisine - dans Société
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